« Magnifique humanité ! »
Face à l’accélération de l’intelligence artificielle, qui transforme en profondeur nos usages, nos organisations et notre rapport au monde, nous avons plus que jamais besoin de repères pour penser ce que nous voulons devenir.
L’encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV propose, avec une remarquable lucidité, de regarder cette révolution technologique sans technophobie ni naïveté, en replaçant l’humain au cœur de la réflexion.
Une invitation à ne pas confondre puissance technologique et progrès, à préserver la diversité et le collectif, et à considérer nos fragilités non comme des faiblesses, mais comme ce qui fonde notre capacité à faire société.
Une conviction qui résonne particulièrement avec le mutualisme : la technologie peut transformer le monde, mais elle ne remplacera jamais notre responsabilité collective à construire un monde plus juste, plus solidaire et plus humain.
Nicolas Gomart, Vice-Président et Directeur Général du Groupe Matmut
Septembre 2026
Retrouvez dans PRISMES :
Grand entretien | Philippe Tibi : donner à l'Europe les moyens de financer sa révolution technologique.
Depuis 2020, les initiatives Tibi ont mobilisé près de 16 milliards d'euros d'investisseurs de long terme – assureurs mutualistes en tête – pour financer les entreprises technologiques européennes. Ouverte jusqu'en 2032, la troisième phase élargit le champ à la Deeptech, à la défense et aux infrastructures, tout en cherchant à fédérer les écosystèmes du continent : l'Allemagne, la Pologne, les pays nordiques et l'Italie développent désormais des dispositifs similaires. L'enjeu est d'atteindre une masse critique à l'échelle du PIB européen, seule façon de rivaliser avec les États-Unis et la Chine.
Pour les acteurs mutualistes, qui portent près de 70 % des engagements, Philippe Tibi plaide pour un alignement rare : celui du rendement financier, de la diversification vers une classe d'actifs en pleine expansion, et d'une conviction souveraine – contribuer à l'autonomie stratégique de l'Europe. Explications dans un entretien exclusif.
« S'il existe peu de très grandes entreprises de la tech en Europe, c'est qu'il manque du capital et des actionnaires stables de long terme. »
Investir dans l'IA européenne : l'approche du Groupe Matmut.
Avec 2 600 milliards de dollars de dépenses mondiales attendues en 2026 et une augmentation de 47 % en un an (Gartner), l'IA s'est imposée comme une thématique d'investissement désormais centrale. Mais 44 % des investisseurs institutionnels la considèrent également comme un territoire de bulle (Natixis IM). Pour le Groupe Matmut, positionné sur le sujet depuis 2023 via les fonds Tibi, l'enjeu est de conjuguer exposition ambitieuse et discipline rigoureuse.
Léovic Lecluze, Directeur des Investissements du Groupe Matmut, expose le cadre d'analyse du groupe : l'IA traitée comme un thème transversal et non comme une classe d'actifs, un horizon de détention décennal, cinq critères de sélection exigeants, et un ancrage européen assumé — avec 200 millions d'euros engagés dans le cadre de Tibi 3. Une approche de capital patient au service d'une conviction : la révolution technologique européenne a besoin d'investisseurs institutionnels prêts à l'accompagner dans la durée.
« Ce serait une erreur de considérer l'IA comme une classe d'actifs spécifique : même si c'est une révolution 4.0, cela reste un thème de marché. »
IA et assurance : qui répond quand l'algorithme se trompe ?
Une IA n'a pas de personnalité juridique : lorsqu'elle cause un dommage, la responsabilité revient toujours à un maillon humain de la chaîne de valeur — concepteur, fournisseur, distributeur, déployeur, utilisateur. Mais avant de désigner le responsable, encore faut-il être capable de chiffrer le risque : cinq grandes catégories émergent, des erreurs d'analyse aux discriminations algorithmiques, sans que les données statistiques permettent encore de les coter avec précision.
Stéphane Muller, Directeur Général Délégué Assurances du Groupe Matmut, revient sur la chaîne de responsabilités que dessine l'AI Act, sur le parallèle instructif avec l'essor du cyber, et sur la situation singulière des assureurs : à la fois déployeurs d'IA dans leurs propres processus et garants des risques qu'elle fait peser sur leurs sociétaires.
« Il est impossible de se dédouaner en disant l'IA s'est trompée. »
IA et souveraineté numérique : l'approche DSI du Groupe Matmut.
AI Act, cloud de confiance, alternatives européennes aux géants américains : pour un assureur mutualiste qui développe son propre cœur applicatif, le déploiement de l'IA impose des arbitrages permanents entre performance, conformité et souveraineté. Le Groupe Matmut a fait un choix structurant : héberger ses données sensibles sur S3NS (adossé à Thales) depuis trois ans, avec une migration prévue fin 2026 vers l'instance « Cloud de Confiance » de l'opérateur. C'est au sein de son instance privative S3NS qu'il a déployé la stack complète de Mistral, offrant à ses collaborateurs un « Secure GPT » sans risque d'externalisation des données.
Sébastien Marie, CTO/CIO du Groupe Matmut, détaille une feuille de route qui va de la gouvernance IA à deux étages jusqu'à l'anticipation du quantique, en passant par la gestion du « shadow AI » et le soutien assumé à l'écosystème technologique français — y compris dans sa phase de rattrapage par rapport aux leaders américains.
« Les projets IA qui passent nos filtres s'inscrivent dans la refonte technologique du groupe qui est menée depuis cinq ans : nouveau socle data, migration vers le cloud de confiance, montée en puissance du machine learning en tarification. »
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04 Septembre 2026
Temps de lecture : 6 min